Neurofy
Repenser la conscience et la réalité par l’expérience collective
— Ernst Mach
Neurofy est une exploration théorique et pratique aux confluents de la physique, de la psychopathologie, des neurosciences, des mathématiques et de la philosophie. Ces rencontres interdisciplinaires fondent notre proposition d’atelier de groupe psychocorporel qui s’adresse tant aux patients souffrant de troubles psychiatriques identifiés qu’aux personnes confrontées à des souffrances quotidiennes, ainsi qu’à celles désirant explorer un espace perceptif ouvrant de nouveaux possibles.
Notre postulat de départ est que tout est pensé, et que c’est précisément cette pensée qui est difficile à penser. Contrairement à la pensée positive ou aux extrapolations de la théorie quantique, nous considérons que la conscience individuelle peut s’appuyer sur les autres consciences pour élargir le champ des possibles et la dynamique des informations.
Une gymnastique de la pensée et du corps, une écologie de l’attention offrant une alternative à la captation industrielle de nos facultés perceptives. C’est une tentative de rétablir le « corps », qui est à la fois notre pensée et sa manifestation, en tant que puissance d’échange entre nous et le monde.
Neurofy se déroule sous forme d’ateliers modulables selon les besoins. C’est une pratique qui propose l’exploration d’exercices, de mouvements et d’activités neuronales impliqués dans la régulation émotionnelle, de l’attention et de la conscience corporelle. Elle peut ainsi favoriser chez les patients une nouvelle expérience perceptive, permettant un travail thérapeutique intégratif au quotidien, et être complémentaire à un accompagnement de soin, quelle que soit sa nature (pharmacologique, relationnelle ou cognitivo-comportementale).
C’est d’abord une attention particulière qui est portée aux sensations. Celles-ci ne sont pas considérées comme de simples enregistrements du monde, mais comme une production du corps et de la pensée, qui remodèle la perception du temps et de l’espace par la visualisation, le souvenir et les mouvements réflexes. Lors des ateliers Neurofy, cette mobilisation sensorielle provoque des changements d’état dans le rapport au temps et à l’espace, qui se rapprochent des effets psychédéliques, mais soutenus et amplifiés par le collectif, qui renforce et sécurise ces effets.
Ainsi, des actions comme marcher, respirer, échanger avec le monde et avec autrui — ces fonctions simples — peuvent devenir des techniques qui restaurent et font émerger une pratique du quotidien qui nous renforce et nous fait agir.
Cette proposition trouve ses sources, entre autres, dans les travaux publiés par des chercheurs et cliniciens constatant la pertinence de stimulations neuronales à visée thérapeutique dans le traitement de certains troubles psychiques, notamment à caractère chronique (dépression, addiction…).
À cet égard, les thérapies assistées par des produits psychédéliques, qui visent des symptômes particuliers ainsi que le contexte dans lequel ils apparaissent, bien que controversées, semblent être l’une des voies à explorer.
Des techniques respiratoires et psychosensorielles spécifiques peuvent également stimuler certaines régions cérébrales, sans substance et sans entraîner d’effets secondaires nocifs.
Dans la pratique Neurofy, ces processus peuvent ainsi être activés seuls, indépendamment de tout traitement psychédélique, ou en complémentarité avec un travail d’intégration, en amont ou à la suite d’une séance. Selon la mise en œuvre de ce dispositif, la présence des équipes soignantes et/ou des thérapeutes référents peut renforcer les effets visés.
Neurofy est avant tout une pratique en elle-même, mais au regard des effets qu’elle provoque — similaires ou proches de ceux engendrés par les thérapies psychédéliques — elle peut également être complémentaire à d’autres approches et traitements.
Ces ateliers pourraient aussi offrir un terrain d’observation intéressant : étudier, sans substance et en conditions réelles, certains mécanismes à l’œuvre dans l’expérience psychédélique. Il est vrai qu’aucune technique psychocorporelle s’appuyant sur le souffle, la méditation ou la visualisation ne reproduit les effets neuronaux complets des psychédéliques, ni n’active la sérotonine ou d’autres neurotransmetteurs comme le font les substances utilisées selon les situations et les symptômes ciblés (psilocybine, LSD…).
En revanche, les pratiques respiratoires, méditatives et de visualisation produisent des effets qui s’en rapprochent partiellement : modification de l’état de conscience, diminution de l’activité cérébrale, voire modifications mesurables des circuits neuronaux, sensation accrue d’espace, proprioception amplifiée, régulation émotionnelle…
La pratique Neurofy est issue de la collaboration entre deux expériences complémentaires : celle d’Anna Held, psychothérapeute et formatrice, s’appuyant sur des apports en psychologie clinique et du travail, en psychanalyse, en ethnopsychiatrie, en Gestalt-thérapie et en approche systémique, et celle de Mourad Beleksir, danseur, enseignant et chorégraphe, formé au Taïchi, au Qigong, au Bagua Zhang et au Xinjia.
L’entrecroisement de ces différents horizons a permis de développer des techniques spécifiques, qui s’attachent à approfondir les effets de pratiques psychocorporelles et qui peuvent, dans certains cas, évoquer les thérapies psychédéliques. Il est aussi possible que cette expérience permette de vérifier si ces voies, biologiquement distinctes au départ, convergent au niveau des réseaux cérébraux — une question à laquelle Neurofy pourrait contribuer, en tant que terrain d’observation complémentaire aux protocoles pharmacologiques.
On constate que, dans leur usage traditionnel, les psychédéliques sont fortement ritualisés et collectifs. L’expérience y est personnelle, mais elle est aussi un échange avec le monde et avec les autres. Dans le cadre d’une expérimentation médicale, cette dimension collective est le plus souvent difficile à mettre en place.
Dans ses séances de travail, Neurofy développe des procédés qui utilisent et intègrent la dimension collective ainsi que la dimension espace-temps. Neurofy se propose d’être à la fois un moment collectif et une pratique quotidienne : le groupe y participe pleinement. La mise en place d’un dispositif d’amplification, par le collectif, de certains phénomènes de résonance proches des neurones miroirs, contribue à la puissance de la stimulation.
Neurofy s’adresse aussi bien aux patients suivis dans un cadre institutionnel, comme par exemple les hôpitaux de jour, qu’aux patients suivis par un psychiatre ou des psychologues.
Et parce que cette pratique peut, en partie, être portée par le patient lui-même, elle libère aussi le soignant du temps pour ce qui ne se délègue pas : la présence, l’écoute, la relation.
Témoignages
Ce que je retiens de cela pour ma vie au quotidien, c’est que si je sais qu’il y a une personne, quelque chose qui veille sur moi, qui me regarde d’un seul coup, même si je ne sais pas où je vais, je me sens beaucoup plus sereine. D’avoir fait cette expérience dans mon corps est vraiment magique.
Il m’a semblé que la perception des personnes était plus libre, plus fluide, plus profonde après les exercices. Le fait que nous soyons collectivement entrés en nous-mêmes avec une conscience de cette action simultanée a favorisé l’accès à autrui.
J’ai constaté que j’ai eu des prises de parole plus affirmées auprès de mes collègues. Avec mes patients, j’ai eu l’impression d’une écoute plus aiguë, comme si une oreille supplémentaire avait pris place au niveau du plexus solaire.
« …Ce que j’ai trouvé précieux dans l’atelier, c’est le cadre : il ramène la relation à l’autre à quelque chose de très simple, presque primaire comme respirer ensemble. Ça m’a permis de faire tomber certaines barrières mentales et de vivre un vrai moment d’interaction, sans les filtres sociaux habituels. J’en ressors avec un sentiment plus clair de ma place, et l’expérience de ce que peut être une connexion aux autres plus directe, plus fluide, et moins chargée d’attentes ou de craintes…
Une sensation étrange et très réconfortante à la fin de la séance. Comme si mon corps reconnaissait les autres participants que je ne connaissais pas, toute angoisse de l’autre avait disparu.
J’ai beaucoup aimé l’atelier Neurofy. Les exercices de respiration nous ont permis d’être dans le moment présent et de pratiquer une longue méditation guidée collective. Il y a quelque chose d’appréciable dans cette pratique collective.
« … j’ai apprécié le fait que les mouvements étaient simples, ce qui a rendu les enchaînements faciles à réaliser et ainsi a facilité la présence mentale complète lors des 3h qui sont passées assez vite …»
…Cette fois j’ai réalisé que le collectif avait une énergie très présente. Nous nous sommes entraînés. J’ai aussi eu les visualisations de l’espace, de corps et un lâcher-prise sur la manière de mener la séance… »
